Professionnalisation du football en Afrique (1e partie) : Peut-on s’inspirer du model Zambien? - MySoccer24
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Professionnalisation du football en Afrique (1e partie) : Peut-on s’inspirer du model Zambien?

Dans le football africain, Il y a quelques clubs dont les grandes écuries Magrébines et sud africains qui ont un niveau de professionnalisation très avancé, mais il y a surtout l’immense majorité des clubs qui doivent faire face à une conjoncture défavorable. Victimes d’une conception traditionnelle qui ne fait pas du football une activité économique, du faible pouvoir d’achat des populations qui ne favorise pas les marchés liés au football, de problèmes structurels et bien d’autres, ces clubs s’avèrent très peu attractifs pour les investisseurs impatients. Dans ce contexte, comment implanter et faire vivre un club de football ?  Le modèle  Zambien a retenu notre attention, puisque ces dernières années les clubs de ce pays affichent une bonne santé en compétitions africaines et attirent de plus en plus d’étrangers.

Le modèle zambien

Le modèle zambien consiste en la création des clubs par des entreprises au titre d’activités sociales. Les clubs appartiennent donc à ces entreprises qui leur procurent l’essentiel du financement. Ce n’est certes pas une invention zambienne puisque d’autres pays l’ont expérimenté. L’un des cas les plus célèbres étant celui du Bayer Leverkusen dans la petite ville-arrondissement de Leverkusen en Allemagne, qui avec ses 160000 habitants n’offrait qu’un faible potentiel pour une équipe de football.  Aussi la société de fabrication de pesticides Bayer a créé le Bayer Leverkusen qui a grandi jusqu’à devenir une entité autonome, un grand club européen qui est arrivé jusqu’en finale de la ligue des champions.

Leverkusen | Career Germany
Le siège du Bayer Leverkusen

La Zambie a adopté ce modèle et l’a généralisé au point d’en faire son apanage. Tout est parti des années post indépendance, les autorités zambiennes imposent alors à toutes les institutions d’avoir des clubs. Ainsi sont nés Nkwazi (possédé par la police), Green Buffaloes (possédé par l’armée), Green Eagles (national service)…Dans ce modèle, les joueurs sont rémunérés en tant qu’employés de la société mère et ont la possibilité de la rejoindre par la suite. L’idée continuera à faire recette et attirer les grosses entreprises comme Zesco (société d’électricité) et Zanaco (Banque), et des compagnies minières (dont une possède Nkana fc). Ce modèle est-il durable et les autres pays africains peuvent-ils s’en inspirer ?

We Are Ready – Joe Bwalya – Zambia today
Photo credit: We Are Ready – Joe Bwalya – Zambia today

Des pièges à éviter

Ce modèle présente un piège que les acteurs du football zambien essayent intelligemment d’éviter. En effet, quand on passe du niveau amateur au niveau professionnel, les charges augmentent considérablement et cela devient très lourd pour l’entreprise propriétaire du club. En attendant d’avoir un éventuel retour sur investissement il faut réussir à alléger les charges.

Par ailleurs l’on sait bien que les entreprises ne sont pas à l’abri d’une faillite ou d’un changement de politique. Serait-il alors possible qu’un investisseur s’intéresse au club en vu du rachat ? C’est le défi à relever avec ce modèle. Il faut à cet effet travailler dur pour accroître la popularité du club et lui offrir une base de fans susceptible de soutenir le club et permettre l’économie du sport dans sa conception moderne, notamment à travers le merchandising, le sponsoring,  la billetterie. Le club doit à cet effet être non seulement connu du public, mais aussi aimé, d’où la nécessité de travailler sur son image.  Cela passe par des victoires et par du marketing. Il faut aussi le doter d’un patrimoine immobilier (notamment posseder son propre stade) pour accroître sa capacité d’emprunt bancaire. Autant de choses qui augmentent l’attractivité du club vis à vis de potentiels investisseurs.

L’échec à ce défi a entrainé la faillite de ce modèle au Cameroun. Ne pouvant plus assurer les charges et faute de repreneurs, des sociétés qui possédaient des clubs ont la plupart du temps du se désengager et abandonner les clubs qui ont fini par disparaitre, ce fut notamment  le cas de Prévoyance (possédé en son temps par la caisse nationale de prévoyance social, CNPS), port (possédée en son temps par le port de Douala), Impôt…

Le bon exemple Zambien

Diversification des sources de revenus

Le cas de Nkana FC illustre assez bien la situation générale des clubs Zambiens. C’est l’un des clubs les plus anciens (fondé en 1974), club le plus titré et traditionnellement considéré comme le plus populaire en Zambie. Des sources évoquent un apport financier de plus de 80% de l’entreprise minière Mopani qui en est propriétaire. Cette situation rend encore les clubs fragiles, mais des efforts sont perceptibles.

L’intelligence du côté des autorités footballistiques zambiennes est d’avoir réussi à trouver les moyens d’alléger la charge des entreprises qui financent les clubs, multiplier les actifs, et diversifier les sources de revenus. Les clubs ne comptent donc plus uniquement sur le financement de l’entreprise mère. Un contrat avec Super Sport permet à la ligue de redistribuer des droits télé et un autre contrat de sponsoring avec MTN permet de reverser une prime à chaque club en fonction de son classement en fin de saison.

SuperSport pay top dollar for Zambian TV rights

Il faut également saluer l’intelligence stratégique des clubs qui ont su trouver  d’autres sources de revenus et se doter de patrimoines immobiliers, la majorité possédant leur propre stade (seuls 3 clubs sur 20 n’en possèdent pas).

Ainsi, même si Nkana fc est encore à 80% financé par Mopani, le club a su profiter de sa réussite sportive pour se bâtir une popularité au fil des années et diversifier ses sources de revenus. Il arrive à tirer  $ 161,000 des sponsors extérieurs, $ 200,000  de produits dérivés sur une prévision de $ 600, 000 en 2017, des recettes de billetterie qui peuvent s’élever à $ 40,000 sur un match (derby de KITWE en 2017), des chiffres rapporté par zambia eye. Le club est aussi propriétaire de son stade,  ce qui est un atout majeur en vue d’investissement futurs.

Zesco United est le cas de développement le plus spectaculaire. En première division depuis 2004, le club arrive en 16 ans à challenger Nkana en termes de popularité et à s’offrir un potentiel économique considérable. Par sa réussite sportive et du marketing, il a su tirer profit du potentiel démographique de la ville de Ndola (environ 475000 habitants) et de la capacité du stade Levi Mwanawasa (49000 places). Il enregistre des records d’affluence de 13000 à 14000 spectateurs sur certains matchs de championnat (derby de Ndola en 2013), il est également classé 65e club le plus suivi sur les réseaux sociaux en Afrique (premier en Zambie) par African football Digital benchmark avec 102k de followers.

Cela lui a déjà permis d’attirer un gros sponsor sur le maillot qui le finance à  hauteur de 1,7 millions de Kwacha soit environ $ 91,000  (chiffre rapporté par Diana Chipepo dans daily-mail.co.zm ) . Ceci est une preuve que le club a déjà un potentiel qui peut attirer un repreneur, mais if faut continuer à travailler sur sa valeur.

Le chemin est cependant encore long

Malgré les efforts constaté, le chemin est encore long pour les clubs zambiens.

En termes de popularité, les clubs Zambiens sont très loin des 20000000 de spectateurs de moyenne pour un club comme CS Constantine d’Algerie, ou des 27M de followers de AL Ahli qui permettent de tirer des revenus considérables du merchandising et du sponsoring.

Il est également important de se doter d’un département du développement des affaires perspicace pour tirer un meilleur profit des différents contrats notamment d’achat et vente de joueurs, de pouvoir attirer des partenaires, négocier diverses licences. La formation et l’acquisition du patrimoine immobilier sont aussi des sources importantes de diversification de sources de revenus sur lesquels nous reviendront ultérieurement.

Awoumou Manga André Marie , chroniqueur sportif, juriste d’affaire

 

La suite : Professionnalisation du football africain (partie 2): Les clubs face au défi de la dépendance financière – posséder son propre stade est-il la solution ?

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